
ans le domaine du tourisme, les formations sont légion. L'offre est « abondante et variée, mais manque de cohérence et de lisibilité », nuance le Centre d'études et de recherche sur les qualifications (Céreq), dans une note de septembre 2006.
L'éventail des voies menant aux métiers du tourisme ressemble parfois à une jungle indéchiffrable pour les étudiants qui se dirigent vers ces filières. Le secteur ne se limite en effet pas à l'organisation de voyages et à la réception de touristes, il englobe également les domaines des transports, de l'hébergement, de la restauration et des loisirs.
Les filières courtes restent les plus prisées par les candidats. En 2008, 6 045 étudiants ont obtenu un BTS accueil, hôtellerie et tourisme - contre 5 744 un an plus tôt -, avec un taux de réussite de 74,9 %, d'après les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur.
Parmi eux, la majorité a choisi l'un des deux BTS phares : « ventes et productions touristiques » ou « animation et gestion touristiques locales ». Le premier s'adresse à ceux qui souhaitent s'orienter vers les agences de voyages et les tour-opérateurs (tourisme émetteur), le second forme des futurs guides locaux ou des employés d'offices de tourisme (tourisme récepteur).
Si les établissements publics sont largement majoritaires, des écoles privées proposent les mêmes formations, mais pour un coût qui peut avoisiner 4 000 euros par an. « Chez nous, les bacheliers viennent pour moitié de filières technologiques. Les autres sont issus des branches générales : on compte en majorité des littéraires, pour 40 %, suivis des bacheliers ES et S », détaille Pierre Lopez, directeur de l'Institut supérieur du tourisme, un établissement privé parisien.
Le BTS, qui accueille aussi des étudiants souhaitant se réorienter, reste le meilleur passeport pour l'emploi. « C'est un diplôme nécessaire et suffisant pour trouver du travail dans le secteur du tourisme », à la recherche de techniciens, estime M. Lopez.
Pourtant, depuis quelques années, l'offre de l'enseignement supérieur s'est sensiblement développée et les étudiants n'hésitent plus à allonger leur cursus. « Par peur du chômage, mais aussi dans le but d'obtenir un meilleur poste, les étudiants repoussent leur entrée dans la vie active », explique Anny Marchal, professeure d'économie-gestion au lycée des métiers de l'hôtellerie et du tourisme Alexandre-Dumas de Strasbourg.
A l'Ecole supérieure pour le tourisme et l'hôtellerie de l'université d'Angers (Esthua), le discours est le même. « Chez nous, la plupart des étudiants (environ 2 200) rentrent avec l'objectif d'être cadre. Nous avons des licences professionnelles, mais plus de la moitié de nos étudiants continuent en master », explique le directeur de l'établissement, Philippe Violier.
Ces deux types de diplômes se sont multipliés. Certaines écoles de commerce proposent des formations bivalentes. L'Escaet (école supérieure de commerce et d'administration des entreprises du tourisme) d'Aix-en-Provence accueille environ 150 étudiants de niveau Bachelor et MBA (master of business administration). L'ESC Toulouse, elle, s'est associée à une agence de conseil en marketing et communication touristique pour proposer un master spécialisé en tourisme.
M. Violier constate une demande « au niveau de l'encadrement ». « Nous représentons 30 000 salariés, le secteur est jeune et dynamique, mais nous manquons de cadres, d'équipiers pour encadrer tous nos saisonniers, note, pour sa part, Sophie Huberson, déléguée générale du syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturels (Snelac). Mon rêve serait de voir se constituer une véritable filière professionnelle pour le secteur du tourisme de plein air, un MBA «exploitant de loisirs», afin de former des gestionnaires. »
Ecoute de la clientèle, culture générale, maîtrise de plusieurs langues étrangères, au premier rang desquelles l'anglais, sont les qualités recherchées chez les candidats aux carrières touristiques.
Dans un secteur qui recouvre un grand nombre de branches professionnelles, l'aspect pluridisciplinaire demeure central. « Nous souhaitons former des étudiants polyvalents. Un professionnel qui travaille dans l'événementiel doit aussi connaître les autres secteurs », estime Victor Gervasoni, chef d'entreprise et directeur de La Rochelle Business School of Tourism, une école née en 2002 au sein de Sup de Co La Rochelle et qui propose une formation alliant commerce et tourisme.
« J'ai pu développer mes entreprises grâce à ma formation business. Mes concurrents formés uniquement en tourisme étaient meilleurs sur le coeur de métier, et moi en gestion », fait valoir M. Gervasoni. L'école forme des opérationnels, des cadres intermédiaires ou supérieurs amenés à travailler dans l'hôtellerie notamment.
BTS, licences ou masters pro : peu importe la durée de la formation, toutes se veulent professionnalisantes. « On part des compétences attendues par les entreprises pour bâtir les programmes », explique M. Violier.
A Angers, trois mois de stage sont organisés en licence, six mois en master 2. « Les professionnels sont de plus en plus associés aux programmes et interviennent dans les cursus », résume Christian Mantei, directeur général d'Atout France - l'agence nationale de développement touristique -, qui, toutefois, aimerait voir la formation en alternance se développer.
Les internautes consomment de plus en plus de voyages en ligne. En 2008, le chiffre d'affaires de l'e-tourisme en France s'élevait à 7 milliards d'euros, soit environ 6 % du marché global du secteur touristique.
Un mode d'achat nouveau qui pousse les agences de voyages à s'adapter. « Avec Internet, le client est devenu plus exigeant, il est lui-même un expert averti. Il faut que le futur professionnel adapte son niveau d'expertise », estime Valérie Boned, directrice des affaires juridiques et de la formation au sein du Syndicat national des agences de voyage (SNAV), qui prône un renforcement de la culture générale dans les BTS.
Le tourisme a également adopté la « green attitude ». Des licences et des masters pro tournés vers le tourisme vert, éthique et solidaire ont ainsi vu le jour à l'université de Grenoble, Paris-Dauphine ou à l'Institut supérieur d'études en alternance du management (Iseam) de Marne-la-Vallée.
Yann Bouchez et Emilie Legendre